
Et voilà, je suis maintenant à Marrakech, où Leïla doit me rejoindre demain pour une semaine.
En quittant Fès, Je suis allé à Middelt, d’où je suis parti pour une rando de 1,5 jours au cirque de Jaffar. Le temps d’arriver là, de poser des affaires en consigne, d’acheter à manger, de décider de démarrer (le ciel étant un peu orageux et incertain), je ne suis parti qu’à 14h quand ça a semblé s’éclaircir à l’horizon. Sachant que le soleil se couche à 17h30 et qu’il fait nuit à 18h, quand à 16h j’ai aperçu un campement berbère, je me suis dit que je ferais mieux de faire un détour pour aller leur demander combien de temps il reste pour Jaffar. Premier contact, le tatouage sur le menton de la mère me prouve que je ne me suis pas trompé, je suis bien chez les berbères. Ils se demandent un peu d’où je sors comme ça de nulle part tout seul à pied avec mon sac à dos. D’habitude, je pense que les touristes vont à Jaffar en 4*4 ou en moto et ils ne font que passer au loin de leur campement sur la piste, sans s’arrêter. Les enfants ont l’air un peu apeurés ou en tout cas méfiants et ils m’observent à la fois en rigolant et en restant sur leurs garde. Je tente quelques mots d’arabe, pas de bol : walu !! Ils ne parlent pas un mot d’arabe. Alors tout fier, je sors mon phrasebook avec du berbère dedans et je tente de prononcer les mots écrits phonétiquement : walu encore. Je découvrirais plus tard que le berbère de mon bouquin est du Tashelhit et ici, ils parlent Tamazight, rien que du tamazight.
Moi qui comptait progresser en Arabe en rencontrant enfin des gens qui ne parlent pas français, et bien c’est raté et il faut maintenant que j’apprenne le Tamazight en plus !!
Avec tout ça, il est déjà 16h30 et je comprend qu’on m’invite à m’asseoir prendre un thé, puis qu’on me demande de poser mon sac dans ce qui sera ma chambre avec les autres garçons. Bref, je suis invité à rester dormir, ce qui tombe plutôt bien je dois avouer. Je déballe ma nourriture qu’on intègre à la préparation du repas en cours, puis j’essaie tant bien que mal de communiquer. Je me félicite alors d’avoir amené 4 choses avec moi :
· l’appareil photo numérique : c’est génial de pouvoir montrer tout de suite les photos, c’est la grosse attraction, et puis je peux les laisser faire autant de photos qu’ils veulent, certaines seront super et j’effacerais les autres. 9a occupe donc une bonne partie du temps à rigoler avec ça, et quand on ne peux rien dire, il ne reste plus que le rire.
· Mon petit album photo de la famille, des amis, de la France, et de divers voyages. Ils se le passent, font des commentaires pendant des heures que malheureusement je ne comprends pas. La photo de la grande limousine de 7-8 m prise à la Nouvelle Orléans fontionne bien ainsi que celle des immeubles tous pareils à perte de vue à Hong kong.
· Mes tours de magie, qui commencent à être au point sont aussi supers. Surtout celui des 3 cordes de tailles différentes qui deviennent égales : il est très visuel. Les tours de cartes fonctionnent mieux avec ceux qui ont l’habitude de jouer aux cartes, et ils ont souvent plus besoin de boniment. Mais les cordes nous occupent aussi facilement une heure. Quand je les sors au début, ils se demandent ce que je vais faire, limite effrayés, mais après, ils redemandent encore et encore… puis ils essayent et ça ne marche pas, alors je dois refaire, et ainsi de suite…
· Le phrasebook enfin, car même si ce n’est pas le bon dialecte, il me permet d’écrire les mots que j’apprends en Tamazight, comme « lmaison », « lpiste », facile ou d’autres plus difficiles. En fait, je trouve l’arabe déjà difficile à prononcer mais alors le berbère !! la langue est aussi rocailleuse que le paysage dans lequel ils vivent. Bref, du moment que j’arrive à dire « merci, c’est beau, c’est bon », c’est déjà la base !! Le fils ainé, « lberger » parle un peu de français qu’il a du apprendre en croisant des touristes quand il emmène ses bêtes à proximité de la piste 4*4.
Le soir, on mange une sorte de potée de patates avec du pain et arrangée avec les légumes que j’ai amené, pas mauvais en fait. Et la tente berbère est d’une conception idéale : il faut se baisser pour entrer mais ensuite, on a pas mal de hauteur, et plein de tapis et de coussins pour s’affaler. Ca coupe complètement le vent extérieur donc la fumée du feu monte bien verticale sans venir sur nous, et en même temps ça laisse passer la fumée du feu à travers , donc ce n’est pas du tout enfumé dedans, reste à savoir si ça coupe bien la pluie dans l’autre sens ??
Je dors ensuite dans une des pièces en dur (murs en terre) qui entourent la tente. Ils se réveillent à 3h30 du mat pour le repas du matin mais me laissent dormir et quand j’émerge à 7h30, ils m’observent d’abord plier mon tapis de sol, mon duvet, tous ces trucs bizarres puis quand je suis prêt, on m’amène mon petit déjeuner « au lit » sur une petite table avec du thé, 2 œufs dur et des épices, du pain et des dates. Je suis comme un roi.
Bref, une première rencontre fabuleuse avec ces berbères des montagnes très pauvres, très simples, mais pas du tout misérables, et qui alimentent la légende de l’hospitalité berbère : sans chichi, complètement naturelle.
Par contre c’est impressionnant de voir à seulement 3h de marche de la ville (40 min de 4*4 peut être), le fossé qui sépare ces gens qui semblent vivre isolés et perdus au bout du monde.
Ensuite sur le chemin, je fais ma première rencontre avec les chiens des bergers berbères. J’avais raconté à certains avoir lu que si on se fait attaquer par un lion dans la savane, il ne faut surtout pas s’enfuir sinon on se fait bouffer, il faut au contraire charger le lion pour le faire fuir. Plus facile à dire qu’à faire !! Ici, j’ai un petit entrainement avec ces chiens qui se ruent sur moi par derrière en aboyant comme des fous. Au début je les ignore en continuant à marcher mais ils s’approchent alors je me retourne et dès que je les regarde, ils s’arrêtent à environ 10m en continuant d’aboyer. Si je redémarre en leur tournant le dos, à nouveau ils s’approchent, hargneux. Par contre, si je fais mine d’aller vers eux, rien qu’un pas, ils s’écartent de 5-10m pour reste à distance. Et dès que j’ai le dos tourné, à nouveau ils reviennent. Bon, je suis loin d’avoir chargé un lion mais j’ai déjà réussi à intimider les chiens berbères, ce qui pour moi n’est déjà pas si mal !!
Sinon, en chemin, je peux observer un vieux labourer son champ de cailloux avec son soc tiré par 2 chevaux, à l’ancienne, des chèvres brouter des cailloux, des cailloux, des cailloux… mais des beaux cailloux, violets, verts, rouges, bref un décor minéral assez spectaculaire.
Arrivé à Jaffar, le clou de la ballade, j’ai aussi l’occasion de croiser des enfants qui mendient un dirham, un stylo, n’importe quoi, comportement que n’avaient pas du tout ceux qui m’ont hébergés, car sûrement ils n’ont jamais rencontré de touriste avant. Donc je passe vite mon chemin. Plus loin, je retrouve une mère et ses deux filles qui raccompagnent les mules au campement avec un chargement de bois. On fait route ensemble, je pratique mes premiers mots de Tamazight et je suis à nouveau invité pour le thé, même méfiance au début puis même amusement ensuite pour l’album photo, les tours de magie… bref, même type d’accueil en toute simplicité.
Je suis super content : ça fait du bien de se dérouiller un peu les jambes et de respirer de l’air pur. Parce qu’en ville, dès qu’on sort de la médina piétonne et qu’on est dans la circulation, L’air empeste vraiment les gaz d’échappement.
A Boumalne du Dadès, je tombe sur un militaire qui finit son service ; il m’invite aussi à manger puis ensuite dormir chez lui. A nouveau très sympa, malheureusement, (ou heureusement pour vous !!), je n’ai pas le droit de raconter tout ce qu’il me dit car il m’explique que les militaires ne doivent pas avoir de contact avec les touristes en principe, et encore moins critiquer quoique ce soit. Donc j’abrège.
Mardi 01/11, je suis donc parti de Skoura direct dans l’Atlas, vers l’oued Tessaout que je compte descendre à pied. Très belle randonnée dans des paysages sublimes, les cultures vertes en contraste avec la roche rouge, surtout au coucher de soleil, les falaises verticales de 700m, bref, ça me plait bien. Par contre, je croyais arriver dans une sorte de vallée perdue or la route dessert maintenant tous les villages (pistes 4*4, camions) depuis 2002 et je pense que ça a énormément changé l’ambiance. C’est probablement très bien pour les gens de ces vallées qui ont maintenant beaucoup plus facilement certaines denrées, du gaz, l’école, bref le progrès et le développement. Mais j’ai l’impression que ça amène en même temps cet état d’esprit de mendicité des enfants qu’on ne rencontre pas dans les coins paumés. Je dis « salam Aleikum », on me répond « Stylo ». Et ce n’est pas lié à la pauvreté puisque ces gens sont moins pauvres que ceux rencontrés à Jaffar. Bref, la seule chose sûre c’est que ça change très vite, et probablement en bien à long terme, mais de mon point de vue égoïste de touriste qui recherche de belles rencontres dans des coins paumés encore préservés, c’est raté, j’ai été très déçu de ce que j’ai trouvé là car je m’étais imaginé complètement autre chose.
Ce qui confirme cette impression, c’est l’accueil que j’ai eu dans le seul village qui n’a pas encore de piste pour le desservir : à nouveau un accueil simple sans arrière pensée.
A vrai dire, soit les gens sont tellement hospitaliers qu’ils ne veulent rien accepter de toi, ce qui est toujours un peu gênant, soit ils sont hospitaliers avec pour unique but d’essayer de te soutirer le plus possible au moment où tu pars, bien que ce ne soit jamais très clair. Je n’ai pas trouvé de juste milieu. Peut être je me trompe et je juge mal ces comportements parce que je ne les comprends pas ?? Mais j’ai du mal avec cette façon d’inviter comme si c’était gratuit puis de demander de l’argent ou autre chose à la fin, que je serais mieux disposé à donner si on me le demandait au début.
J’ai aussi la chance de traverser ces villages de montagne les plus reculés de ma ballade le jour de l’Aïd (fin du ramadan). Les 3 jours précédents, j’ai vu partout la grande lessive : les femmes en train de nettoyer les vêtements et les tapis et couvertures dans le rivière puis de les faire sécher sur les arbres ou les cailloux. Et ce jour là, les femmes et petites filles sont habillées de ces vêtements super colorés et font des chants avec des danses et de la musique, c’est assez génial. Mais bon, je ne m’éternise pas car je me sens un peu déplacé au milieu de ces fêtes, même si je ne fais que passer par hasard, j’ai l’impression que ce ne serait pas très bien vu que je reste un peu regarder ou encore moins faire des photos.
Voilà pour mon expérience des berbères de l’Atlas. Le bilan est quand même très positif même si je m’attendait à encore mieux et puis les paysages sont à couper le souffle. Je ne mets même pas de photos, ça ne rend pas assez à mon goût, alors si vous voulez voir à quoi ça ressemble, allez y voir. La suite bientôt…
Nico, qui commence à bronzer un peu.
PS : En réponse au sondage de Eric Danan, qui de Barcelone se demande d’après ce qu’il voit à travers les médias si la France est à feu et à sang, de mon coté, je suis ça de très loin, j’ai juste entendu dans le JT marocain en Français que les sociologues analysent cette flambée de violence due au manque de perspective et au chômage dans les cités. Autour de moi, il y a 99% d’arabes, qui vivent parfois dans des conditions plus misérables que les cités (je pense) et il y a 20% de chômage, pourtant, rien de brûle à part les brochettes de la place Djemma El F’na.
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